François Fillon et les jeux d’argent

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François Fillon et les jeux d’argent

Message  Sylvain le Lun 27 Mar - 10:48

François Fillon et les jeux d’argent

Jean-Pierre MARTIGNONI-HUTIN, Sociologue

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En janvier 2017 nous avons adressé aux principaux candidats à l’élection présidentielle, 13 questions sur les Jeux d’argent (1) A ce jour un seul candidat nous a répondu, François Fillon… par une lettre signée de sa main en date du 14 mars 2017. Certes M. Fillon ne répond pas à toutes les problématiques soulevées sur l’industrie des jeux de hasard et cela peut se comprendre. Mais il précise que nos questions sur la politique des jeux de la France « inspirent sa réflexion » même s’il n’a pas encore eu « l’occasion de développer ces thèmes » Plus que jamais il est nécessaire de rappeler, que même si l’économie des jeux n’est pas un secteur stratégique, il contribue au budget de l’Etat. La Française des jeux a, à elle seule, apporté 3,1 milliards à Bercy en 2016, soit 1% du budget. Le futur gouvernement et le prochain Président de la République devront forcément – même si ce ne sera pas leur priorité première - donner les grandes orientations de la Politique des jeux de la France, aussi bien en matière de gambling que de e.gambling.

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Le secteur des jeux d’argent est facteur d’emplois, d’activités et de recettes pour l’Etat, les communes, le sport, la culture… Faut-il développer ce secteur ou, comme le gouvernement précèdent, mettre l’accent sur le jeu pathologie maladie, cette « addiction sans substance » qui fait débat dans la communauté scientifique car porteur d’une pathologisation abusive des passions humaines et du fait social considéré ? Le colloque Organisé par le GREID (Association GRoupe Ecoute Information Dépendance) qui se déroulera à Valenciennes les 5,6 avril 2017 en présence de Jean-François Vilotte permettra de traiter de la problématique des jeux de hasard et d’argent à travers « le prisme » du jeu excessif, addictif, compulsif… et tentera de répondre à la question : le jeu problématique une addiction ? (2)

Les jeux de hasard représentent un formidable « impôt volontaire » , indolore pour les non joueurs. A l’heure ou les français subissent un matraquage fiscal faut-il, comme le suggèrent certains observateurs, développer cet « impôt démocratique » en lançant de nouvelles loteries fortement dotées, comme le font les américains avec le power-ball et comme le perpétuent les Espagnols avec la Loteria de Navida ? » (Nous observerons que récemment Stéphane Pallez, PDG de la FDJ, a repris cette idée de lancer une loterie de Noel !!)

Le gouvernement socialiste a nommé comme responsable de l’Observatoire « Des Jeux »(ODJ) l’ancien directeur de l’Observatoire « des drogues » ce qui revient à assimiler les joueurs à des « drogués » et les opérateurs de jeux à des « dealers ». Les pratiques ludiques de nos concitoyens et les professionnels qui travaillent dans les trois filières concernées, méritent un autre traitement. Il est urgent de rebattre les cartes en matière d’études sur les jeux afin que l’ODJ devienne un observatoire pluridisciplinaire qui rende compte scientifiquement des jeux d’argent et de la socialisation ludique contemporaine, comme l’avaient imaginé ses fondateurs

Anne Hidalgo a repoussé brutalement la proposition d’implanter un casino à Paris, projet préconisé par le Préfet Duport. Il faut rouvrir d’urgence ce dossier afin que Paris se dote, comme la quasi totalité des métropoles européennes, d’un casino prestigieux. Un casino made in Paris peut devenir l’un des premiers au Monde vu l’attractivité de la capitale. Un partenariat avec Carolyn Goodman (maire de Las-Vegas) et les groupes américains (Caesar Entertainment, MGM, Las Vegas Sands...) permettra d’ exploiter la symbolique des deux villes. Un package ludico-festif et historico-culturel Las Vegas/Paris » - étant susceptible de séduire de nombreux américains. Quant aux touristes chinois (2,2 millions en 2015) ils représentaient une cible très attractive pour un futur casino parisien. Ils dépensent actuellement 3500 euros. L’application Smartphone Aliplay lancé par Alibaba, leur permet désormais de « flamber » jusqu’à 30 000 euros sans transporter de liquide quand ils voyagent à l’étranger. En attendant de voir un immense casino de verre en forme de Tour Eiffel qui scintillerait sur la Seine, les gazettes ont annoncé « que le Val d’Europe prévoyait d’installer 5 casinos sur son territoire » avec l’EPA, l’Etat et Disney pour partenaire ( les casinos.org du 22 mars 2017 : « des casinos en seine et marne ?)

L’Assemblée Nationale vient d’autoriser pour trois ans les « clubs de jeu » pour assainir la situation des ex « cercles » parisiens. L’affaire du Club anglais, qui vient d’être fermé par la police des jeux, confirme qu’il faut soutenir cette expérimentation, qui répond à une demande ludique spécifique, tout en réduisant les jeux clandestins. Ce n’est pas un « projet funeste, contraire aux intérêts des Parisiens », comme le pense Nathalie Kosciusko-Morizet. Il y a une demande ludique locale à Paris pour ce type d’espaces de jeu et cela même si un casino voyait le jour, à Paris ou en région parisienne. ( confer point 4)

La France possède un précieux patrimoine casinotier avec plus de 200 exploitations. Ce secteur est en difficulté structurelle (-22% de 2007 à 2014) malgré un certain redressement depuis deux ans. Surfiscalisée, surréglementé l’économie casino a besoin d’oxygène et de liberté. Des mesures doivent être prise pour dynamiser l’économie casinotière. Mais dans le même temps la profession ne peut rester les bras croisés et être uniquement dans la plainte. Elle doit enfin, dans une union sacrée syndicale, se mobiliser ( par exemple en créant une fondation) pour valoriser son activité, ses métiers, ses jeux, son patrimoine, sa clientèle, son histoire… en provoquant des recherches, des études, des sondages, des monographies…

Les machines à sous ont permis l’ouverture sociologique des casinos et ont sauvé de nombreuses exploitations. Mais sous la pression d’ associations anti jeu, de la doxa du jeu pathologie, un contrôle aux entrées a été introduit. Il faut le supprimer au moins pour les machines à sous ? La police des jeux et les casinotiers ont largement les moyens de surveiller discrètement la clientèle indélicate, « interdite de jeux » ou classée ANPR qui est très minoritaire, environ 35 000 personnes. Par ailleurs, s’il est plus que jamais nécessaire d’identifier les gros flux financiers dans le cadre de la lutte anti blanchiment et contre le financement du terrorisme (LAB/FT) TRACFIN, en collaboration avec la profession et la SDCJ, a largement les moyens de le faire sans ce contrôle généralisé, qui a concerné la bagatelle de 32 millions de personnes en 2015 dans les casinos.

La FDJ surperforme depuis plusieurs années, dépassant la barre des 10 milliards. C’est une bonne chose pour les finances publiques. Mais dans le même temps, l’opérateur met en avant une « soi disante » politique de lutte contre l’addiction qui ne trompe personne. Cette hypocrisie a assez duré. Il faut que la FDJ - et son principal actionnaire l’Etat - assument pleinement le fait de vendre des jeux ? Dans le cas contraire il faut relancer le débat sur la privatisation de la FDJ afin d’ouvrir les loteries et les jeux de grattage à la concurrence. L’Etat doit-il cesser d’être Croupier ou doit il au contraire surtout ne pas vendre ce précieux de bijou de famille (valorisé 1 ,3 à 2 milliards). Nous pensons au final que ce sont aux Français de décider et non aux banques d'affaires, à L'Agence des Participations de l'Etat (APE), au ministre de l’économie Michel Sapin qui en 2014 « n'a pas mis son veto" à une telle privatisation ( Lire en annexe 1 : l’article de Claude Soula : « Pourquoi privatiser la Française des Jeux serait un casse-tête : Les spéculations sur la privatisation de l'entreprise, véritable cash-machine, vont bon train. Mais l'Etat a-t-il vraiment intérêt à s'en séparer ? » Cet article pertinent publié dans "le Nouvel Observateur" du 28 août 2014, reste d’actualité.

La filière hippique (et ses 6,5 millions de turfistes) irrigue les territoires, avec ses hippodromes, ses cafés PMU, ses métiers du secteur cheval, et fait rayonner la France à l’international (Grands Prix, yearling) Il faut soutenir les paris hippiques et la « filière cheval » qui occupent 180 OOO personnes ? Il faut reconsidérer la mesure liberticide envisagée par la Cour des comptes visant à identifier tous les parieurs du réseau en dur et notamment les turfistes. Alors que le le débat sur cette mesure sécuritaire s’accentue (3), la Française des jeux, fort de son monopole et avec la bénédiction de Christian Eckert, place ses pions discrètement sur les paris sportifs à cote fixe et le live betting ( prise de paris en direct) dans son réseau de proximité, au grand dam de la filière hippique. L’opérateur historique des loteries pourrait être accusé d’abus de position dominante notamment par Bruxelles.

La loi du 12 mai 2010 a ouvert à la concurrence certains jeux de hasard sur internet (poker, paris hippiques et sportifs). Mais à cause de contraintes technico-règlementaires très lourdes et d’une fiscalité confiscatoire, la moitié des opérateurs ont cessé leur activité !! (35 en 2010, 16 en 2015 ) Sans forcément « supprimer l’ARJEL » comme l’ont proposé certains parlementaires, il est temps de lâcher la bride aux opérateurs virtuels pour que ce secteur de l’économie numérique puisse prendre son essor, comme l’a fait le Président de l’ARCEP avec une régulation a minima pour développer « l’internet des objet » ? Cette liberté permettra également de juguler l’évasion ludique des gros joueurs de poker et de lutter contre les pratiques de jeu sur des sites non autorisés

Les Jeux d’argent font partie avec l’alcool et le tabac de ce que l’on nomme « l’industrie du vice ». Le gouvernement socialiste à multiplier les mesures liberticides contre ces économies, encore dernièrement avec le « paquet neutre » et le slogan « fumer tue ». Ces mesures morbides extrêmes salissent les buralistes, stigmatisent treize millions de fumeurs de cigarettes et de cigares, boostent le marché clandestin. Il faut « revenir en arrière », en appliquant un principe de précaution responsable mais raisonnable, comme en matière d’alcool avec le slogan : « à consommer avec modération »

Certains observateurs ont lancé l’idée en 2012 d’une « loterie mondiale caritative » qui rapportera plus qu’une taxe Tobin sur les transactions financières ou qu’une flat taxe sur les billets d’avion. La France, dont la voix est encore écoutée dans le monde, ne peut se contenter de faire la guerre à l’islamo-fascisme, elle pourrait se faire le porte parole – auprès des organismes internationaux, des grands philanthropes et milliardaires de la planète - de cette proposition susceptible d’éradiquer la pauvreté, la misère, le sous développement.

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Au final ce sera au prochain Président et à sa majorité (et non aux opérateurs, aux corps intermédiaires, aux administrations aux multiples commissions concernées et sous-direction…) de préciser les grandes orientations de la Politique Des Jeux. Ces orientations doivent - de notre point de vue - rompre peu ou prou avec les mesures liberticides du gouvernement précèdent, notamment celles imposées en matière de santé publique par la doxa du jeu pathologie maladie, en conflits d’intérêts dans cette affaire, mais également reconsidérer les nouvelles mesures liberticides qui figurent dans le rapport Cour Des Comptes/ Myard/Juanico. Elles pourraient s’inscrire dans les directions suivantes :

Plus de Liberté
Moins de fiscalité et de réglementation
Un développement du secteur

· Une politique des jeux responsable qui soit raisonnable (4)

Une refonte de l’Observatoire des jeux
Une participation des joueurs à la Politique des jeux
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Jean-pierre.martignoni@univ-lyon2.fr

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notes =

1 jp martignoni : « Les jeux d’argent s’invitent à l’élection présidentielle de 2017 : questions au futur Président de la République sur les jeux de hasard et d’argent et la Politique Des Jeux de la France ( 27 pages, 21 notes, 2 annexes*, janvier 2017)

2 jp martignoni : « Colloque à Valenciennes : le jeu problématique une addiction ? » (mars 2017, 12 pages, 3 notes, trois annexes

3 ( à paraître ) jp martignoni : « Identifier les joueurs : une mesure liberticide » : alors que le débat sur l’identification des parieurs s’accentue, la FDJ, fort de son monopole, place ses pions dans les paris sportifs et le live betting dans son réseau de proximité, au grand dam de la filière hippique ( 6 pages, 21 notes, mars 2017)

4 ( à paraître ) jp martignoni : « Pour une politique des jeux responsable… mais raisonnable » ( 2 pages, mars 2017) « Point de vue « publié dans l’hebdomadaire La Tribune de Lyon ( mars 2017)

© jp martignoni-hutin, mars 2017,Lyon, France, Université Lumière, Lyon 2, Centre Max Weber (CMW)ISH

annexe 1 :

Claude Soula : « Pourquoi privatiser la Française des Jeux serait un casse-tête : Les spéculations sur la privatisation de l'entreprise, véritable cash-machine, vont bon train. Mais l'Etat a-t-il vraiment intérêt à s'en séparer ? Cet article publié " (le Nouvel Observateur" du 28 août 2014)

« L'été de Christophe Blanchard-Dignac avait bien commencé. En juillet, le PDG de la Française des Jeux (FDJ) s'est réjoui des résultats du Tour de France : Thibaut Pinot a porté les couleurs de la FDJ sur la troisième marche du podium. Et les paris sportifs ont fait un tabac pendant la Coupe du monde de football ! Les joueurs laisseront 1,7 milliard d'euros de mises dans ses caisses d'ici à la fin de l'année, contre 600 millions d'euros en 2010, quand le marché a été ouvert. La FDJ a réussi à imposer son Parions Sport face à l'armada des nouveaux sites de paris en ligne en profitant de son immense réseau de 33.400 points de vente. Rien de tel que de bénéficier du monopole des jeux dans 12.000 communes françaises.

Mais après ces satisfactions est venu le temps des grimaces. Pensez donc ! Notre patron ne sait toujours pas si son mandat sera renouvelé le 21 octobre prochain. Désigné il y a quatorze ans, sous Jacques Chirac et Lionel Jospin, l'ancien directeur du Budget d'Alain Juppé est pourtant un sportif dans son genre : il détient le record de longévité du secteur public. Mais cet automne, hélas, son poste apparaît particulièrement convoité. Paris bruit du remplacement de Blanchard-Dignac par André Martinez, un banquier proche de François Hollande, ou par Florence Parly ancienne secrétaire d'Etat au Budget.

Dans le même temps, les spéculations sur un début de privatisation de l'entreprise repartent . Une évolution que Christophe Blanchard Dignac n'a jamais demandée à son actionnaire, et qui pourrait logiquement être confiée à plus motivé que lui.

La pression sur le gouvernement est intense. Les banques d'affaires assiègent Bercy en expliquant qu'il serait très simple de vendre la FDJ. L'Agence des Participations de l'Etat (APE), qui gère les entreprises publiques, pousse cette idée et Michel Sapin n'a pas mis son veto", nous explique un banquier.

Valorisée de 1,3 à 2 milliards

Le nouveau patron de l'APE, Régis Turrini, venu du groupe Vivendi, va donc reprendre ce dossier ouvert par son prédécesseur David Azéma. "L'Etat détient 72% des actions de l'entreprise, valorisée entre 1,3 et 2 milliards d'euros. S'il passait à 50%, cela ne changer ait pas grand-chose pour la FDJ tout en rapportant 300 à 400 millions d'euros au budget", assure un des partisans de l'opération. "Regardez l'Italie ! Depuis que l'Etat a vendu sa société de loterie, Lottomatica, le numéro un européen du secteur, elle rapporte bien plus d'argent. Elle est devenue GTech, un géant international des machines à sous, coté aux Etats-Unis et basé à Londres", dit un des banquiers qui poussent régulièrement l'Etat à céder sa filiale. Les Italiens de GTech, justement, ou la loterie britannique Camelot seraient sur les rangs. En France, Stéphane Courbit a déjà investi dans les jeux, et Vincent Bolloré, qui "regarde le dossier depuis longtemps", selon un banquier, dispose désormais des milliards de sa société Vivendi pour investir dans un nouveau secteur.

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Pourtant, il n'est pas acquis que ces euros dégringolent dans les caisses de Bercy. Même Nicolas Sarkozy, qui avait démarré une privatisation en 2008, avait fini par y renoncer. "Le dossier est compliqué. La privatisation de la Française cache de nombreux pièges pour l'Etat", juge un connaisseur de l'entreprise qui n'est pourtant publique que depuis... 1978 :

C'est Giscard qui avait nationalisé la société après le succès du Loto lancé en 1976, pour que l'Etat puisse en profiter pleinement, explique un dirigeant. Depuis, c'est la direction du Budget qui pilote la stratégie et qui s'est toujours opposée à sa cession, d'autant que les jeux sont restés en dehors des directives européennes et que Bruxelles ne nous demande rien à ce sujet."

La "cash machine"

Cet attachement s'explique : la Française des Jeux est un très généreux contributeur aux finances publiques. Elle verse à l'Etat 100 millions d'euros par an de dividendes. Et, surtout, Bercy encaisse 25% des mises des joueurs, soit 2,9 milliards par an. A elle seule, la Française des Jeux produit 1% du budget français. Une cash machine. Sous la présidence de Christophe Blanchard-Dignac, le chiffre d'affaires du Loto, des jeux de grattage et des paris a doublé même si les Français restent des joueurs très raisonnables. "Nous jouons 170 euros par an et par personne, soit 15% de moins que la moyenne européenne", calcule Patrick Buffard, le directeur général adjoint, chargé du marketing.

Les dirigeants expliquent cette relative sagesse par la modération de leurs méthodes. En tant que société publique, la mission de la FDJ est de "canaliser" le jeu et de ne pas - trop - pousser à la dépense. Ainsi, le PDG met en avant le cas du Rapido, un jeu de tirage qui régnait dans les cafés des années 2000 et qui rapportait 2,3 milliards d'euros. Trop addictif avec ses deux tirages toutes les cinq minutes, il a disparu des comptoirs. "Nous avons reçu plusieurs alertes de SOS Joueurs sur des cas de dépendance", explique Blanchard-Dignac. Prévenue dès la fin des années 1990, la FDJ n'a pourtant annoncé sa mise au rancart qu'en 2010, puis attendu 2014 pour le supprimer définitivement dans les départements et territoires d'outre-mer...

Du coup, un cadre avance une autre explication pour son retrait : "Il donnait une mauvaise image de nos jeux dans les cafés. De plus, l'interdiction de fumer avait fait baisser les enjeux." La FDJ voulait aussi s'assurer que les paris du Rapido allaient bien basculer sur son remplaçant Amigo ou sur les paris sportifs. Objectif : faire progresser les enjeux tout en rajeunissant le recrutement des parieurs.

"On avait deux marques qui dépassaient le milliard d'enjeux en 2000 : Loto et Rapido. On en a cinq aujourd'hui : Cash (2 milliards par an), Euro Millions, Loto (1,5 milliard chacun), Amigo et Parions Sport (1,4 milliard chacun)", explique Patrick Buffard. La Loterie nationale a disparu faute d'avoir su faire évoluer ses billets. Son successeur en a tiré les leçons. Depuis dix ans, il a créé trois immenses succès : le jeu de grattage Cash dont la simplicité extrême a séduit tout le monde, l'Euro Millions, qui est devenu la plus grande loterie mondiale avec 7 milliards d'enjeux par an, et le pari sportif, qui a explosé lorsque la superstar du ballon rond Zlatan Ibrahimovic est arrivé au PSG, réveillant le championnat français. En 2015, la FDJ lancera une nouvelle façon de jouer au Loto, avec une grille collective pour éviter les problèmes de partage entre gagnants. "Il faut toujours être en avance sur les attentes", estime le PDG.

Internet et 33.400 détaillants

Autre mission stratégique : l'entreprise doit aussi soigner ses 33.400 détaillants. Une des fonctions importantes que lui confie l'Etat, qui ne veut surtout pas irriter ces puissants prescripteurs. "Je suis un grand défenseur du réseau, assure Blanchard-Dignac. Quand l'ouverture sur internet a eu lieu, certains poussaient à tout miser sur le numérique. J'ai refusé. On a bien absorbé le choc : le chiffre d'affaires du réseau continue à progresser, parallèlement au développement de 16% par an de nos jeux sur internet, et à la hausse de 45% sur Parions Sport depuis le 1er janvier." Une vraie performance, due autant à sa créativité qu'au soutien de l'Etat qui a protégé son monopole en limitant sévèrement la concurrence des nouveaux sites de jeu en ligne.

Reste à déterminer si un opérateur privé pourrait demain faire mieux et rapporter plus à l'Etat. "Les joueurs nous font confiance mais c'est un équilibre fragile. Un opérateur privé pourrait faire des économies sur nos procédures : nous mettons par exemple à la disposition des grands gagnants une équipe de dix personnes pour passer le cap de la victoire. Oui, on pourrait le faire avec trois personnes seulement. Mais cela finirait par se refléter à long terme sur notre bilan", analyse un dirigeant de la FDJ. De plus, l'Etat devrait changer ses habitudes en fixant à l'avance un cadre réglementaire qu'il ne pourrait plus modifier, même s'il n'était pas satisfait de la gestion de la société. "Si le feu vert est donné à la privatisation, ce ne serait pas avant 2015", assure un financier. D'ici là, les investisseurs vont donc saliver en parcourant le bilan : une belle société qui encaisse 12,3 milliards de mises, fait 1,5 milliard de chiffre d'affaires et 133 millions de profits, avec 1.200 salariés, et qui repose sur 1 milliard de trésorerie très tentant. Un gros lot. »

(Article de Claude Soula publié dans "le Nouvel Observateur" du 28 août 2014)
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