Les joueurs vacillent entre espoir et oubli

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Les joueurs vacillent entre espoir et oubli

Message  Sylvain le Ven 17 Jan - 17:15

Place Esquirol à Toulouse, Jean-Claude V. (1), 72 ans, fait signe au chauffeur de la navette du casino Barrière. Comme il le fait deux à trois par semaine, ce retraité toulousain va passer une bonne partie de l’après-midi aux machines à sous. «Ce bus, c’est bien pratique et c’est gratuit !» s’enthousiasme cet ancien mécanicien automobile qui a mis une chemise blanche et un blazer bleu marine pour l’occasion. «Je me fais toujours un peu beau, c’est mieux si l’on parle à des dames», confie-t-il dans un sourire.
Au casino, Jean-Claude a ses habitudes : «Je ne joue pratiquement qu’aux machines du bas, celles à 1 centime. Comme je m’accorde une dépense de 5 € en moyenne, ça dure plus longtemps. Et puis, c’est là que je retrouve des fidèles comme moi avec qui j’ai sympathisé». À peine s’est-il installé sur le fauteuil de la Coyote moon qu’un couple de retraités, bien pomponné, l’aborde. C’est Michèle et François, d’anciens commerçants qui tenaient une épicerie aux Minimes. «Alors la chance est là ?» lui demande Michèle qui prend aussitôt place à la machine qui se trouve à sa gauche.
«Vous n’êtes pas venus la semaine dernière ?» leur répond Jean-Claude dont l’espoir secret est de gagner suffisamment un jour «pour offrir une voiture à sa fille». «Non, on avait les enfants à la maison» explique François.
Pour eux, les machines à sous ne représentent pas qu’un jeu de hasard. «On aime venir pour parler avec des gens, voir du monde. Ça fait une animation et c’est bien plus gai que les clubs pour personnes âgées» assure Michèle. François concède qu’il «surveille quand même les hommes qui viennent parler à sa femme parce qu’il y en a, c’est très visible, draguent et font les beaux».
Un peu plus loin Nadine, une petite brune de 35 ans portant jeans et veste en cuir noir, aimerait bien décrocher le jackpot de la Lucky ladies. «Sur celle-là je sais que j’ai plus de chance. Il y a quelques jours j’ai gagné 400 €». Divorcée et au chômage, elle explique qu’elle vient aussi «pour rompre la monotonie. Vous savez, quand vous vivez seule et que vous n’avez pas beaucoup d’argent pour faire les boutiques ou vous payer des activités, et bien le casino est un endroit où on oublie un peu ses problèmes». Elle reconnaît qu’elle aurait «tendance à devenir accro, à vouloir venir de plus en plus souvent mais se retient car elle ne peut pas dépenser plus de 20 € par semaine dans les bandits manchots». Quand elle joue «elle ne pense plus à rien ou alors qu’elle va peut-être «devenir riche d’un coup et pouvoir enfin mener une vie plus facile». Parfois, elle arrive à 10 heures du matin, dès l’ouverture du casino.
Nadine évite de parler aux gens. «Il y en a, on les repère facilement, qui essayent de vous faire du rentre-dedans mais moi c’est pas mon truc». Elle ne croit pas si bien dire. Quelques minutes plus tard Thierry et Marc, deux artisans électriciens qui prennent une pause tentent de l’aborder. «Je suis sûr qu’on va vous porter chance !» lui lance le premier. Nadine ne lui répond pas. Thierry, un peu gêné de faire choux blanc, remonte alors en direction du bar des Sports suivi par son collègue.
Ici, au milieu des 340 machines à sous, de leurs musiques et lumières tamisées, l’endroit, bercé par une ambiance feutrée, semble en dehors du temps.
Comme Nadine, de nombreux joueurs s’étonnent d’ailleurs toujours de perdre souvent la notion des heures.
La plupart de ces «réguliers» sont détenteurs de la carte gratuite Casinopass qui donne des réductions, notamment au bar et restaurants de l’établissement et permet surtout au casinotier de fidéliser la clientèle.
Ali et Momo, eux, tentent le sort à la table de Stud Poker : «On va faire sauter la banque. On a la baraka !» se persuadent les deux cousins de 24 et 25 ans.
Une heure plus tard, les deux compères ressortent du casino «allégés» de 120 €.
En fin d’après-midi et en soirée, l’ambiance est différente. «La clientèle n’est plus la même. Ce sont surtout les gens qui travaillent en journée qui prennent l’endroit» fait part l’une des hôtesses de l’établissement qui est là pour vous aider à comprendre le fonctionnement des machines à sous. Il faut dire qu’il y en a de nouvelles tous les mois ! «C’est important. La nouveauté ça séduit toujours», ne sait que trop bien cette employée.
Jean-Claude., Michèle et François, ne partent jamais plus tard que 17 h 30. «Après, ce n’est plus pareil, ce n’est plus la même ambiance. On est un peu assailli par les actifs. C’est plus stressé» remarquent-ils.
Si le bar fonctionne très peu l’après-midi, il se remplit en soirée, à partir de 20 heures, moment où les grands jeux ouvrent. Là, les mises deviennent plus importantes.
La plupart des joueurs que nous avons rencontrés au casino de Toulouse souhaitent garder l’anonymat. «Je ne voudrais pas que ma fille sache que je joue. C’est toujours un peu gênant» explique Jean-Claude V. qui fait cependant remarquer qu’en venant ici il fait «des économies de chauffage puisqu’il coupe la chaudière tout l’après-midi».
Carlos, cuisinier dans une maison de retraite, préfère jouer au PMU.Tous les jours, il se rend au «course par course» de la place de la Faourette au Mirail. «J’aime les chevaux et je les suis. J’étudie les pronostics et je gagne régulièrement. C’est mon dada !» assure-t-il, pensant avoir fait un bon mot. Dans ce café, il retrouve «toujours les mêmes fidèles» du trop et du galop. Mokthar vient le saluer en pestant : «P.…. je le sentais le 8 mais au dernier moment je ne l’ai pas joué. Fais chier !». Pour son copain c’est sensiblement la même histoire. Lui, c’est bien le 12 qu’il voyait à l’arrivée mais qu’il a finalement délaissé pour le 9.
«C’est toujours les mêmes histoires, confie un serveur» qui précise que la plupart de ces parieurs ne travaillent pas.
Patrice, en maladie, fait le mystérieux. Il jure qu’il «a un bon tuyau par un pote de Paris qui connaît un jockey». Il mise 50 € mais le cheval n’est pas à l’arrivée. «On va t’appeler Pat les tuyaux percés» s’esclaffe un autre turfiste qui confie qu’il achètera une maison s’il gagne gros un jour.
Sur internet
«Cette clientèle, c’est pas toujours très bon pour une affaire. Ils prennent un café et reste quatre heures. Parfois, ils se battent même. Ça fait fuir les autres clients du bar et du restaurant» déplore un cafetier des minimes.
Laurent, lui, en pince pour le poker. Tous les lundis soir ce Tarbais de 37 ans joue en ligne avec des amis. «On dîne et après on s’y met. On mise chacun 20 € et on tente de se qualifier pour des tournois qui payent». En mars dernier, il a gagné 500 € et raté de peu «la qualification à un grand tournoi». Lorsqu’il fait les comptes, il convient, surpris d’avoir perdu autant, qu’il «s’est fait plumer plus de 1 000 € en 2013 mais a passé de bons moments».
(1) les prénoms ont été changés
Les joueurs vacillent entre espoir et oubli


(source : ladepeche.fr/Guillaume Atchouel)
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Sylvain

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